Un texte de «bon sens» pour la majoritĂ© de centre-droit, une «brĂšche» vers de nouveaux reculs sociaux pour la gauche et les syndicats : le projet du gouvernement se dirige dĂ©sormais vers lâAssemblĂ©e nationale, oĂč les discussions sâannoncent encore plus houleuses.
Loi pragmatique ou brĂšche ouvrant la voie Ă de nouveaux reculs sociaux ? Au terme de dĂ©bats vifs mais sans surprise, le SĂ©nat a adoptĂ© ce mardi Ă 229 voix contre 110 le projet de loi visant à «sĂ©curiser» le travail le 1erâŻmai  pour les salariĂ©s volontaires des boulangeries artisanales et des fleuristes. Une rĂ©ponse «de bon sens» Ă une «insĂ©curitĂ© juridique persistante» pesant injustement sur lâactivitĂ© des petits commerçants, pour le gouvernement ; une attaque en rĂšgle du «patronat» et de la «macronie» contre le seul jour fĂ©riĂ© obligatoirement chĂŽmĂ© en France, pour la gauche et les syndicats. Ce mardi, la polĂ©mique qui a agitĂ© le pays en amont de la derniĂšre fĂȘte du Travail a repris de plus belle dans la chambre haute.
PortĂ© par le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou , le projet de loi tient en un seul article. Il introduit dans le Code du travail la possibilitĂ©, pour les artisans boulangers-pĂątissiers et les fleuristes, de faire travailler des salariĂ©s le 1erâŻmai, Ă condition quâils soient volontaires et quâun accord de branche en fixe les modalitĂ©s. Pour les salariĂ©s concernĂ©s, la rĂ©munĂ©ration reste doublĂ©e ce jour-lĂ , prĂ©cise le ministre, conformĂ©ment au droit actuellement en vigueur. Une solution «solide sur le plan juridique, intelligente sur le plan pratique et respectueuse de notre histoire sociale» , selon le ministre, qui apporterait «sĂ©curitĂ© et visibilitĂ© aux commerces de la boulangerie artisanales et aux fleuristes» .
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«Bienvenue en Absurdie !»
Ă lâorigine de lâinsĂ©curitĂ© juridique actuelle, une jurisprudence de la Cour de cassation datant de 2006, qui a mis fin aux tolĂ©rances sur lâemploi de salariĂ©s dont bĂ©nĂ©ficiaient les fleuristes et les boulangers-pĂątissiers le 1er mai. Depuis, seuls les services justifiant dâune impossibilitĂ© dâinterrompre leur activitĂ© - notamment les hĂŽpitaux et les transports - ont techniquement le droit de faire travailler leurs salariĂ©s ce jour-lĂ , excluant de fait des professions qui gardaient pourtant leurs portes ouvertes le 1erâŻmai dans la plupart des communes françaises. Une «inĂ©galitĂ© de traitement» que les boulangers et les fleuristes, qui rĂ©alisent traditionnellement une part importante de leur chiffre dâaffaires ce jour-lĂ , ont aujourdâhui du mal Ă sâexpliquer, insiste Jean-Pierre Farandou.
Ă droite et au centre, la mesure a Ă©tĂ© largement soutenue au SĂ©nat, au nom de la rĂ©alitĂ© Ă©conomique des artisans. «En France, un McDonaldâs peut ouvrir le 1erâŻmai, mais pas une boulangerie artisanale : bienvenue en Absurdie !» , a lancĂ© dâentrĂ©e de jeu ce mardi la sĂ©natrice LR Pascale Gruny. En VendĂ©e, par exemple, plusieurs boulangers avaient Ă©tĂ© verbalisĂ©s lors du 1er mai 2024, risquant plusieurs milliers dâeuros dâamende , avant dâĂȘtre finalement relaxĂ©s. EmpĂȘcher lâouverture ce jour-lĂ , qui peut reprĂ©senter jusquâĂ un dixiĂšme du chiffre dâaffaires annuel pour les fleuristes, revient Ă priver des artisans de revenus essentiels, «au moment oĂč la demande est la plus forte» , a quant Ă lui rappelĂ© le sĂ©nateur centriste Daniel Chasseing. Tous invoquent la «libertĂ© de travailler» des commerçants.
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La gauche vent debout
Ă gauche, les critiques sont restĂ©es frontales . DĂ©plorant lâ «obsession antisociale» du gouvernement, la sĂ©natrice communiste Cathy Apourceau-Poly a dĂ©noncĂ© un «cheval de Troie patronal» visant à «briser lâexceptionnalitĂ© de ce jour» . Son collĂšgue, Pascal Savoldelli, a quant Ă lui Ă©trillĂ© la notion mĂȘme de volontariat «libre et consenti» dans un contexte de subordination hiĂ©rarchique. «Qui dira Ă son patron : ânon je ne travaillerai pas le 1er maiâ ?», sâest-il interrogĂ©. MĂȘme critique chez les Ă©cologistes : «Le projet de loi ne sĂ©curise aucune situation existante, mais crĂ©e justement une dĂ©rogation pour blanchir des pratiques illĂ©gales» , a fustigĂ© la sĂ©natrice Raymonde Poncet-Monge. «Lâhistoire sociale de notre pays nous enseigne que les grandes remises en cause commencent toujours par des exceptions» , a tranchĂ© le prĂ©sident du groupe PS au SĂ©nat Patrick Kanner.
Plus mesurĂ©e, la sĂ©natrice socialiste GuylĂšne Pantel a pointĂ© un «dilemme» entre la nĂ©cessaire sĂ©curitĂ© juridique pour les professionnels, et le risque dâaffaiblissement progressif du caractĂšre exceptionnel du 1erâŻmai. «Aujourdâhui les boulangers et fleuristes, demain dâautres professions» , a-t-elle mis en garde. Un Ă©largissement que le rapporteur du texte au SĂ©nat, Olivier Henno (UDI), appelle pourtant de ses vĆux. «Ma conviction personnelle, câest quâil aurait fallu lâĂ©tendre Ă tous les mĂ©tiers de bouche et aux entreprises culturelles - cinĂ©mas et théùtres» , a-t-il estimĂ© auprĂšs de lâAFP, rappelant que certaines autres prâŠ
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