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Dans le nord-est de la Côte d’Ivoire, à la frontière avec le Burkina Faso, la tension est devenue permanente. À la menace djihadiste venue du Sahel s’ajoute désormais celle des Volontaires de Défense pour la Patrie (VDP). Alors que les tensions politiques entre Abidjan et Ouagadougou sont croissantes, ces milices supplétives de l’armée burkinabè mènent des incursions de plus en plus fréquentes sur le territoire ivoirien. Reportage de Julia Guggenheim, Damien Koffi et M'ma Camara.
Entre 2023 et 2025, les Volontaires pour la défense de la patrie burkinabè (VDP), présentés initialement comme des milices d’autodéfense contre le terrorisme, sont accusés d'avoir causé la mort de 1200 civils au Burkina Faso - soit deux fois plus que ceux tués par les groupes terroristes qu’ils combattent -, d’après Human Rights Watch.
Ces violences touchent également la Côte d’Ivoire voisine. À deux kilomètres de la frontière, une attaque organisée en représailles au refus de la population de rejoindre les rangs des VDP a coûté la vie à quatre personnes l'été dernier.
Le long de cette frontière floue et poreuse, les VDP n’hésitent pas à revendiquer certains villages comme appartenant au Burkina Faso - allant jusqu’à y planter leur drapeau. Au mois d'août 2025, plusieurs fonctionnaires ivoiriens ont même été enlevés par des VDP dans un village contesté, avant d’être transportés à Ouagadougou par hélicoptère, où ils sont toujours détenus.
Ces épisodes tendent encore un peu plus les rapports déjà glaciaux entre le président ivoirien Alassane Ouattara et le chef de la junte burkinabé, Ibrahim Traoré .
Programme civilo-militaire
La coopération sécuritaire entre le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire sur cette bande frontalière, très exposée à la menace djihadiste, est complètement à l'arrêt depuis 2024. Si le ministre de la Défense ivoirien, Téné Biharima Ouattara, affirme vouloir relancer cette coopération, la Côte d’Ivoire a renforcé sa présence militaire dans la région, organisée sous le commandement unique de la "zone opérationnelle nord", qui déploie 3 000 hommes sur le terrain. L’Etat ivoirien a également massivement investi dans ses capacités de renseignement, notamment en faisant l’acquisition de drones de surveillance .
Dans cette région, l'une des plus pauvres du pays, les militaires le savent : la seule réponse sécuritaire ne suffit pas. En développant un programme civilo-militaire, qui met en place des actions sociales dans les villages les plus déshérités, ils espèrent gagner la confiance de la population.
Mais ces initiatives restent insuffisantes pour faire face à la pauvreté croissante. Les centres sociaux de la région sont débordés : alors que l’aide internationale connaît une baisse drastique , ils doivent désormais répondre aux besoins des 115 000 réfugiés, arrivés après avoir fui l’insécurité du Burkina Faso et du Mali .
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