Le ciel de Moscou Ă©tait chargĂ© de fumĂ©es noires toute la matinĂ©e du jeudi 18 juin. Alors que la capitale russe se rĂ©veillait aprĂšs lâune des plus intenses attaques de drones ukrainiens  depuis le dĂ©but de la guerre dâinvasion de grande ampleur en Ukraine , la raffinerie de pĂ©trole de Moscou brĂ»lait encore.
Le complexe industriel de Kapotnya, situĂ© Ă seulement 15 kilomĂštres au sud du Kremlin , est un " site important  pour les besoins Ă©nergĂ©tiques de toute la rĂ©gion", assure James Henderson, spĂ©cialiste du secteur pĂ©trolier russe Ă lâOxford Institute for Energy Studies.
Les raffineries russes toujours plus ciblées
Cette raffinerie est lâune des cibles principales des plus de 200 drones lancĂ©s par lâUkraine sur Moscou et ses environs dans la nuit du 17 au 18 juin. Elle assure une grande partie des besoins en carburant de la population de la capitale, de son tissu industriel et de ses aĂ©roports.
Pour Vladimir Poutine , la capacitĂ© ukrainienne Ă frapper des infrastructures critiques aux portes de Moscou reprĂ©sente un problĂšme en soi. Mais cette attaque sâinscrit en outre dans une campagne plus large de bombardements des infrastructures pĂ©troliĂšres russes, qui "a gagnĂ© en intensitĂ© depuis le dĂ©but de lâannĂ©e 2026", prĂ©cise James Henderson.
ConsĂ©quence la plus visible de cette frappe : des pĂ©nuries de carburant Ă la pompe ont Ă©tĂ© signalĂ©es dans plus de dix rĂ©gions. "On voit de plus en plus de files dâattente se former aux abords des stations-service", note Petras Katinas, spĂ©cialiste du secteur pĂ©trolier russe au Rusi (Royal United Service Institute, lâun des cercles de rĂ©flexion britanniques les plus influents) qui contribue aussi aux travaux de la Kyiv School of Economics.
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Image de couverture : © France 24
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Ce qui nâĂ©tait quâun problĂšme localisĂ© â cantonnĂ© essentiellement aux rĂ©gions russes limitrophes de lâUkraine et Ă la CrimĂ©e annexĂ©e par la Russie en 2014 â "a dĂ©sormais acquis une dimension nationale, car les prix du carburant ont connu une hausse dans tout le pays, et ce malgrĂ© les subventions Ă©tatiques", souligne Maximilian Hess, fondateur du cabinet de conseil Ementena Advisory et auteur de "Economic War: Ukraine and the Global Conflict between Russia and the West" ("Guerre Ă©conomique : lâUkraine et le conflit mondial entre la Russie et lâOccident", non traduit).
Les drones ukrainiens ont aussi atteint des sites emblĂ©matiques. Outre la raffinerie de Moscou, ces attaques ont aussi endommagĂ© les sites pĂ©troliers de Saint-PĂ©tersbourg â qui plus est durant le Forum Ă©conomique annuel dĂ©but juin  â et la raffinerie dâAntipinsky, la plus grande raffinerie privĂ©e du pays, situĂ©e en plein cĆur de la chaĂźne montagneuse de lâOural.
L'intensification des frappes menĂ©es par Kiev contre ce type dâinstallation "sâexplique par lâamĂ©lioration technologique de lâarsenal de drones ukrainiens qui ont une portĂ©e plus importante et une plus grande prĂ©cision quâil y a seulement un an", explique Petras Katinas.
Assécher le pétrole russe ?
Le but de ces attaques est en partie dâordre psychologique. "Câest une maniĂšre de montrer aux citoyens russes que la guerre initiĂ©e par Vladimir Poutine en Ukraine les affecte personnellement", estime lâexpert du Rusi. Au choc des bombardements Ă proximitĂ© immĂ©diate vient sâajouter lâimpact sur le coĂ»t de la vie en raison de la hausse des prix de lâessence.
Le sort particulier rĂ©servĂ© Ă la CrimĂ©e "a une valeur symbolique supplĂ©mentaire", estime Petras Katinas. LâUkraine y a non seulement bombardĂ© les raffineries, mais aussi les routes permettant aux convois transportant du carburant de ravitailler la pĂ©ninsule. Kiev entend "dĂ©montrer aux Russes qui ont dĂ©cidĂ© de sây installer aprĂšs lâannexion quâils ont fait une erreur", ajoute cet expert.
Câest aussi une campagne qui vise Ă Ă©puiser Ă©conomiquement la Russie . En avril, les drones ukrainiens sâĂ©taient acharnĂ©s sur les installations pĂ©troliĂšres donnant sur la mer Baltique . Une tentative dĂ©libĂ©rĂ©e de paralyser un complexe industriel vital pour les exportations de pĂ©trole, alors mĂȘme que les prix du prĂ©cieux hydrocarbure flambaient en raison de la guerre au Moyen-Orient.
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Les raffineries situĂ©es dans les terres, comme celle de Moscou, nâont pas la mĂȘme valeur commerciale. Il nâempĂȘche que ces attaques ont obligĂ© plusieurs sites Ă fermer temporairement ou Ă tourner au ralenti en attendant les rĂ©parations. ConsĂ©quence : "la production a baissĂ© de 600 000 barils par jour entre mai 2025 et mai 2026, ce qui Ă©quivaut Ă une rĂ©duction non nĂ©gligeable de 12 %", dĂ©taille James Henderson.
Les autoritĂ©s russes ont donc dĂ» faire des choix. Face aux pĂ©nuries, elles ont "imposĂ©âŠ
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