Les gouvernements qui imposent des fermetures d'Internet pour réprimer les mouvements de protestation ont de plus en plus de difficultés à contrôler les plateformes de messagerie hors ligne. Un exemple notable est apparu en Inde, où les responsables ont tenté de restreindre l'accès au code open-source de Bitchat, une application de messagerie hors ligne développée par le cofondateur de Twitter, Jack Dorsey.
Les manifestants ont cherché des moyens alternatifs de se coordonner, ils se sont tournés vers Bitchat, qui permet la communication peer-to-peer via Bluetooth sans s'appuyer sur les réseaux traditionnels. La popularité de l'application a explosé, atteignant un sommet de 430 000 utilisateurs actifs quotidiens en Inde le 26 juillet, selon Sensor Tower. Au cours de la même période, l'Inde représentait 74% des téléchargements mondiaux de l'application, soulignant son attrait généralisé parmi les utilisateurs confrontés à un accès en ligne restreint. En réponse, le gouvernement indien a émis un ordre ordonnant à GitHub, la plate-forme hébergeant le code source de Bitchat, de bloquer l'accès à trois de ses dépôts dans les trois heures.
Cette décision représente une escalade sans précédent dans les efforts visant à restreindre les fonctionnalités de l'application, car elle vise non seulement l'application elle-même, mais aussi l'infrastructure qui soutient son développement. Les défenseurs des droits numériques soutiennent que de telles actions créent un dangereux précédent, sapant potentiellement les principes de la liberté d'expression et de la souveraineté technologique. Bitchat fonctionne sur un modèle décentralisé, ce qui signifie qu'il manque un serveur ou une base de données centralisée, ce qui le rend résistant aux méthodes de censure conventionnelles. Namrata Maheshwari, conseillère en politiques chez Access Now, a souligné que cette structure empêche la création d'un "interrupteur de suppression" qui pourrait être utilisé pour désactiver l'application en masse.
Elle a souligné que, bien que le gouvernement affirme que l'application représente une menace, des technologies similaires, telles que les services de messagerie ou les moteurs de recherche, ne sont pas soumises à de telles restrictions. An La communication anonyme et l'architecture décentralisée ne sont pas illégales, a-t-elle déclaré, soulignant l'importance de ces fonctionnalités pour la confidentialité et l'autonomie individuelles.
En Jamaïque, l'application a grimpé au sommet de l'App Store d'Apple pendant les pannes de courant causées par un ouragan, démontrant son utilité dans les situations d'urgence où les canaux de communication traditionnels échouent. L'approche de l'Inde, cependant, va au-delà de la simple ciblage de l'application. En demandant à GitHub de supprimer l'accès à ses dépôts, le gouvernement a effectivement cherché à limiter la capacité de l'application à évoluer et à se développer. Cette stratégie soulève des inquiétudes quant aux implications plus larges pour l'innovation open source et le droit d'accès à l'information.
Les experts en politique technologique suggèrent que de telles mesures pourraient inadvertance augmenter la sensibilisation du public à l'application, comme dans le cas de l'annonce publique de la directive du gouvernement par Jack Dorsey. Son tweet, largement partagé sur les médias sociaux, a probablement contribué à l'augmentation des téléchargements de l'application. Malgré la tentative du gouvernement de supprimer Bitchat, les dépôts restent accessibles en Inde. Ce résultat souligne la résilience des technologies décentralisées et les défis auxquels sont confrontés les États qui cherchent à faire respecter le contrôle numérique.
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