La Cour suprême russe a statué lundi que le parti d'opposition libéral Yabloko, connu pour sa position anti-guerre, sera exclu des prochaines élections législatives prévues pour le 18 septembre 2020. La décision fait suite à une plainte déposée par le parti nationaliste pro-Kremlin Rodina, qui alléguait de multiples violations de la loi électorale par Yabloko.
Yabloko, fondé en 1993 par un groupe de politiciens pro-occidentaux, a longtemps critiqué le gouvernement et s'est opposé au conflit en cours en Ukraine. C'est la seule entité politique majeure en Russie à appeler ouvertement à la fin immédiate de la guerre. Malgré sa petite taille et son influence limitée, le parti a obtenu une approbation inattendue pour participer aux élections de septembre en juillet, surprenant les observateurs. Cependant, cette brève période d'inclusion semble avoir pris fin brusquement après la décision de la Cour suprême.
Le slogan du parti, "Pour la paix et la liberté", a trouvé un écho auprès de nombreux Russes, en particulier parmi les jeunes générations désillusionnées par la guerre et le régime. Pendant la longue procédure judiciaire, Yabloko s'est défendu contre les allégations, insistant sur le fait qu'il n'avait violé aucune loi.
Le chef du parti, Nikolai Rybakov, a déclaré que l'objectif du parti était de fournir aux électeurs un véritable choix et que son exclusion visait à supprimer la concurrence politique. Il a critiqué les affirmations de Rodina comme infondées et a souligné que Yabloko représentait un engagement politique pacifique et légal. Néanmoins, le tribunal a confirmé l'interdiction, permettant un processus d'appel. Les partisans de Yabloko se sont rassemblés en grand nombre devant la Cour suprême à Moscou, distribuant des pommes, un geste symbolique lié au nom du parti, et chantant des chansons de protestation. Certains participants ont été menacés d'arrestation, les forces de sécurité avertissant que les jeunes hommes pourraient être enrôlés de force dans l'armée.
Malgré ces risques, la manifestation a souligné l'insatisfaction du public à l'égard de la gestion de la guerre par le gouvernement et de sa répression de la dissidence. La décision a suscité de vives critiques de la part de personnalités nationales et internationales.
D'autres militants en exil, comme Andrei Pivovarov, ont noté que si la participation de Yabloko n'aurait pas mis fin à la guerre, elle aurait mis en évidence la profondeur de l'opposition au conflit en Russie.
Avec l'approche du vote de septembre, l'absence de Yabloko sur le bulletin de vote soulève des questions sur la légitimité du processus électoral. Alors que les chances du parti d'obtenir une représentation à la Douma d'État étaient minces en raison de ses faibles notes de sondage, son rôle symbolique en tant que seule force anti-guerre dans le pays rend son exclusion politiquement significative.
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