Dans l'ombre des arbres de cacao, Odette Kouakou se promène entre ses récoltes, enlevant soigneusement les feuilles mortes et tapotant doucement les gousses jaunes qui pendent des branches. Ses mains se déplacent avec une facilité pratiquée, mais son esprit est préoccupé. Depuis le mois dernier, elle n'a pas reçu de paiement pour près de 400 livres de cacao qu'elle a récolté, ce qui lui laisse un déficit financier d'environ 1 000 dollars. La saison des récoltes, généralement un moment de célébration dans les régions productrices de cacao de la Côte d'Ivoire, est devenue une source de désespoir silencieux pour de nombreux agriculteurs comme elle.
Près d'un quart de la population de la nation, entre six et huit millions de personnes, dépendent de la culture du cacao pour leur subsistance. Le pays représente environ 40% de l'approvisionnement mondial en cacao, produisant deux millions de tonnes par an, ce qui équivaut à environ 28 milliards de barres de chocolat noir. Pourtant, malgré ces chiffres impressionnants, de nombreux agriculteurs restent pris au piège dans des cycles de pauvreté, incapables de bénéficier de la hausse des prix du chocolat.
La crise mondiale du cacao a commencé en 2023, lorsque des conditions météorologiques extrêmes, notamment de fortes pluies suivies d'une sécheresse prolongée, ont considérablement réduit les rendements des cultures en Afrique de l'Ouest, la région responsable de 70% du cacao mondial.
En conséquence, beaucoup ont abandonné leurs exploitations, soit en raison de contraintes financières, soit du risque de perdre l'intégralité de leur investissement. Jean Paul Aka, chef de l'unité de développement durable et de changement climatique du Programme des Nations Unies pour le développement en Côte d'Ivoire, explique que les agriculteurs fonctionnent selon une logique économique. "Si le cacao ne rapporte pas d'argent, ils vont passer à autre chose", dit-il.
Au cours de sa campagne de réélection à la fin de 2024, le président Alassane Ouattara a annoncé un prix minimum record pour le cacao, fixé à 2 800 francs CFA (5 $) le kilogramme, soit une augmentation de 200% par rapport aux niveaux de 2023. Les agriculteurs ont d'abord salué la décision, estimant qu'elle fournirait une stabilité indispensable. Malgré ces efforts, la réalité sur le terrain reste complexe.
Ce n'est qu'alors que le pays pourrait pleinement capitaliser sur sa position de premier producteur. Pour l'instant, des agriculteurs comme Odette Kouakou continuent de naviguer dans les incertitudes de leur métier, dans l'espoir de jours meilleurs à venir. Leurs histoires mettent en évidence le besoin urgent d'un changement systémique, qui assure la prospérité des personnes qui cultivent le cacao et des consommateurs qui profitent des douces récompenses de leur travail.
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