L'Union européenne avance des plans pour un euro numérique dans le cadre d'une stratégie plus large visant à réduire la dépendance aux systèmes de paiement mondiaux dominés par les Américains tels que Visa, Mastercard, Apple Pay et Google Pay. Cette initiative vise à promouvoir une plus grande autonomie dans les infrastructures financières au sein de l'UE, favorisant les entreprises et institutions européennes par rapport aux homologues étrangers.
La Banque centrale européenne (BCE) a introduit le concept d'un euro numérique en 2020, reconnaissant la nécessité d'une monnaie numérique souveraine après des années de dépendance à l'égard de plateformes externes. L'exécutif de l'UE a officiellement proposé l'euro numérique plus tôt cette année, marquant une étape importante dans le développement du projet. Récemment, les législateurs de l'UE ont franchi une étape cruciale en votant le cadre régissant l'euro numérique, rapprochant ainsi l'initiative de la réalisation. Si elle est approuvée d'ici la fin de l'année, les règlements nécessaires pourraient ouvrir la voie à l'euro numérique pour devenir opérationnel d'ici 2029.
Contrairement aux paiements électroniques traditionnels, qui reposent sur des fonds stockés dans des comptes bancaires, l'euro numérique fonctionnerait comme une forme distincte de monnaie de la banque centrale. Les utilisateurs stockeraient leurs euros numériques dans un portefeuille virtuel dédié géré par une banque ou une institution publique telle qu'un bureau de poste.
La protection de la vie privée est un élément central de la conception de l'euro numérique. Les fonctionnaires soulignent que le système protégerait la confidentialité des transactions, empêchant l'identification des personnes effectuant des achats. De plus, l'euro numérique prendrait en charge un mode hors ligne similaire à celui des espèces, permettant aux utilisateurs d'effectuer des transactions sans connectivité Internet. Selon Alessandro Giovannini, conseiller du directeur de l'euro numérique à la BCE, l'euro numérique ne remplacerait pas les méthodes de paiement existantes mais offrirait plutôt des options supplémentaires aux consommateurs. Il améliorerait le choix des consommateurs tout en préservant la flexibilité de décider comment payer dans un monde de plus en plus numérique.
En outre, 13 des 21 pays de la zone euro ne disposent pas d'un réseau national de paiement par carte pour les transactions quotidiennes, ce qui souligne la vulnérabilité de la région aux fournisseurs externes.
Malgré les avantages stratégiques, la mise en œuvre de l'euro numérique pose des défis. Un rapport de la Fédération bancaire européenne a estimé que l'adaptation du système bancaire pour accueillir l'euro numérique coûterait environ 18 milliards d'euros. Cependant, la BCE maintient que les investissements réels requis du secteur bancaire varieraient entre 4 et 5,8 milliards d'euros. Les banques expriment également des inquiétudes quant à l'impact sur leur stabilité financière, craignant que l'adoption généralisée de l'euro numérique ne conduise à une baisse des dépôts des clients. La BCE réplique que ses caractéristiques de conception, destinées à prévenir les retraits à grande échelle, atténueraient ces risques, même dans des circonstances extrêmes.
L'introduction de l'euro numérique pourrait également affecter la compétitivité des systèmes de paiement européens existants, tels que la plate-forme paneuropéenne Wero. Alors que la BCE souligne l'importance de favoriser l'innovation et la concurrence, la perturbation potentielle des écosystèmes financiers actuels reste un sujet de débat parmi les parties prenantes.
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