L'édition épigénétique, longtemps considérée comme un concept marginal, gagne du terrain en tant que nouvel outil puissant dans la recherche et la thérapie biomédicale. Les scientifiques ont utilisé avec succès des techniques impliquant des systèmes basés sur CRISPR pour modifier les marqueurs épigénétiques, des étiquettes chimiques qui influencent la façon dont les gènes sont exprimés, sans modifier la séquence d'ADN sous-jacente. Cette approche offre une alternative potentiellement plus sûre à l'édition de gènes traditionnelle, permettant des ajustements temporaires et permanents de l'activité des gènes.
À l'époque, de nombreux collègues ont rejeté l'idée, estimant que la manipulation artificielle des marques épigénétiques ne produirait pas de changements significatifs dans l'expression des gènes. Cependant, l'émergence de la technologie CRISPR-Cas a transformé le domaine. Les chercheurs utilisent maintenant ce système pour cibler et modifier avec précision les marqueurs épigénétiques, leur permettant de réguler l'expression des gènes avec une précision sans précédent.
Ces modifications peuvent réduire au silence ou activer les gènes, offrant une approche plus nuancée et plus flexible pour contrôler la fonction des gènes. Charles Gersbach, ingénieur biomédical à l'Université Duke, souligne que l'édition épigénomique offre une plus grande polyvalence par rapport à l'édition du génome, permettant ainsi un plus large éventail de possibilités expérimentales.
Cela contraste fortement avec l'édition de gènes, qui se concentre généralement sur des cibles individuelles et comporte le risque de conséquences imprévues lorsque plusieurs modifications sont tentées à la fois. Malgré ces progrès, la complexité de l'épigénome présente des défis importants. Elizabeth Heller, neuroscientifique à l'Université de Pennsylvanie, met en évidence le vaste éventail de modifications épigénétiques qui peuvent survenir dans une seule cellule.
Marianne Rots note que les efforts de recherche actuels reposent fortement sur des essais et erreurs, car les règles régissant l'interaction des différentes marques épigénétiques ne sont pas encore entièrement établies.
Ces dernières années, un nombre croissant d'entreprises de biotechnologie ont commencé à explorer le potentiel commercial de l'édition épigénétique. Certaines de ces entreprises mènent des essais cliniques précoces visant à développer des traitements pour des maladies telles que les troubles neurologiques et le cancer. Par exemple, les chercheurs ont démontré que l'édition épigénétique peut être utilisée pour réduire au silence les gènes responsables de certaines maladies liées au cerveau, offrant ainsi l'espoir de nouvelles approches thérapeutiques. Au-delà de la médecine humaine, l'édition épigénétique est également appliquée dans la recherche agricole.
Les scientifiques expérimentent la modification des épigénomes des plantes pour produire des cultures avec une activité génique altérée plutôt que des changements dans la séquence d'ADN. Cette approche pourrait conduire au développement de plantes avec des traits améliorés, tels qu'une résistance accrue aux facteurs de stress environnementaux ou un contenu nutritionnel amélioré. Alors que le domaine continue d'évoluer, les chercheurs soulignent la nécessité de poursuivre les recherches sur les mécanismes fondamentaux de la régulation épigénétique.
Avec les progrès continus, l'édition épigénétique pourrait bientôt devenir un outil standard dans la recherche scientifique et le traitement médical.
★
Gardons l’information honnête.
ObjectiveNews est financé par ses lecteurs et sans publicité : nous vous montrons le biais au lieu de le cacher. Soutenez un journalisme indépendant pour 5 €/mois.
Devenir soutien