La décision de la nouvelle administration de gouverner à partir des territoires a déclenché une discussion plus large qui va au-delà de la politique. Elle invite à réfléchir sur la façon dont la Colombie devrait façonner son développement économique au cours des prochaines années. Gouverner à partir des régions ne signifie pas simplement déplacer le siège du pouvoir, cela signifie un changement plus profond: reconnaître que la compétitivité nationale est construite au sein des communautés locales. Il y a plus de trois décennies, le professeur Michael Porter a transformé notre compréhension du développement économique. Son idée était simple mais révolutionnaire: l'avantage concurrentiel ne vient pas uniquement des ressources naturelles ou des décisions prises dans la capitale.
Au lieu de cela, il émerge lorsque les entreprises, les universités, les institutions publiques et la société civile créent de véritables écosystèmes d'innovation, de productivité et de confiance. En d'autres termes, les pays ne sont pas en concurrence, les régions le sont. La Colombie offre de précieux exemples de cette réalité. Antioquia n'est pas devenue l'un des principaux moteurs économiques du pays simplement en raison de son esprit d'entreprise. Au cours des décennies, elle a établi un écosystème où les entreprises privées, les universités, les fonds de compensation, les centres d'innovation, les institutions financières et les gouvernements locaux ont appris à travailler vers des objectifs communs.
La ceinture du café a transformé un produit agricole en une marque mondialement reconnue grâce à la collaboration entre les producteurs, les coopératives, les institutions et le secteur du tourisme. De même, la vallée du Cauca a renforcé sa compétitivité en combinant l'infrastructure logistique, l'agro-industrie, la fabrication et un réseau d'affaires robuste. Aucune de ces histoires seule n'explique le succès régional. Cependant, elles partagent toutes un élément commun: le développement se produit lorsque différents acteurs cessent de rivaliser et commencent à développer des capacités collectives. Cela peut être le véritable défi auquel le nouveau gouvernement est confronté.
Il ne suffit pas de s'approcher des régions; il est essentiel de les aider à renforcer leurs propres écosystèmes de développement. Pour y parvenir, il faut un changement d'état d'esprit dans tous les secteurs. Le gouvernement national doit jouer le rôle de coordinateur d'une vision partagée. Les municipalités et les maires devront renforcer leurs capacités techniques, améliorer la planification et exécuter avec transparence. Le secteur privé doit jouer un rôle plus actif en tant qu'investisseur, créateur d'emplois et moteur d'innovation. L'académie doit accélérer la formation des talents nécessaires à chaque territoire. Les communautés doivent participer activement à l'élaboration d'une vision à long terme qui transcende les cycles politiques.
Rien ne sera possible sans la reconstruction de la confiance. Pendant trop longtemps, la relation entre l'État et le secteur privé a été marquée par une méfiance mutuelle. Pourtant, les preuves internationales montrent que les régions les plus compétitives sont celles où les deux comprennent leurs rôles distincts mais complémentaires. L'État crée des conditions. Le secteur privé génère de la valeur. L'académie développe des connaissances. La société fournit de la légitimité. Quand l'un essaie de remplacer l'autre, le système perd de son efficacité. Lorsque tous travaillent en harmonie, l'impact se multiplie. C'est peut-être pourquoi le concept le plus important pour les années à venir n'est pas la décentralisation. C'est la synchronisation.
Parce qu'une région ne prospère pas quand tout le monde fait la même chose. Elle prospère quand chaque institution excelle dans l'accomplissement de son objectif et trouve des moyens de se coordonner avec les autres. Si gouverner à partir des territoires peut devenir ce genre de synchronisation, la Colombie aura fait beaucoup plus qu'un simple pas bureaucratique. Elle aura fait un bond vers un nouveau modèle de développement.
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