Plusieurs hauts fonctionnaires d'Innosuisse, l'agence fédérale d'innovation de la Suisse, se sont avérés avoir bénéficié directement ou indirectement d'un financement public destiné à des projets commerciaux et à des initiatives de recherche. Selon des rapports de la chaîne de télévision publique suisse RTS, qui a obtenu des documents en vertu des lois sur la liberté de l'information, de multiples cas ont été découverts où des personnes associées à la direction d'Innosuisse ont reçu un soutien financier par l'intermédiaire d'entreprises liées à elles. Un cas concerne un membre du Conseil de l'innovation d'Innosuisse qui dirige plusieurs entreprises qui ont collectivement reçu environ un million de francs suisses en subventions en 2021.
Les données de la base de données fédérale Aramis montrent qu'environ vingt paiements ont été effectués à des entreprises liées à des personnes siégeant dans les organes de gouvernance d'Innosuisse. Selon RTS, les membres d'Innosuisse ont profité de diverses manières, y compris par le biais de leurs entreprises affiliées recevant un financement de l'État.
L'agence met l'accent sur ses règles de conflit d'intérêts, indiquant que toute personne impliquée dans une demande de financement doit divulguer son lien, se retirer du processus d'évaluation et s'abstenir de participer à la prise de décision.
Yves Gingras, sociologue à l'Université de Québec à Montréal et expert en évaluation de la recherche, soutient que ces mesures peuvent ne pas être suffisantes pour prévenir les conflits d'intérêts. Il critique la pratique consistant à permettre à seulement trois à cinq personnes de décider des demandes de financement, la qualifiant de pire approche possible. Il souligne les inquiétudes lorsque les membres de ces groupes décisionnels demandent simultanément un financement pour leurs propres entreprises, renforçant potentiellement les perceptions de partialité.
Innosuisse s'appuie sur des experts du secteur de l'innovation pour évaluer les demandes de financement. D'autres organisations utilisent des méthodes différentes pour prendre des décisions de financement. Innosuisse opère sous le Département fédéral des affaires économiques, de l'éducation et de la recherche (WBF), dirigé par le conseiller fédéral Guy Parmelin. Le département nomme le conseil d'administration d'Innosuisse et fixe des objectifs stratégiques. Interrogé par RTS, le WBF a déclaré qu'il ne supervise pas les opérations quotidiennes d'Innosuisse. La responsabilité de la surveillance incombe à Innosuisse elle-même, qui délègue partiellement ce rôle à l'Office fédéral de la vérification.
Cependant, le bureau d'audit précise qu'il ne vérifie que l'existence de mécanismes de contrôle appropriés, plutôt que de surveiller activement la conformité. Les révélations ont suscité un débat sur l'efficacité des garanties actuelles contre les conflits d'intérêts au sein d'Innosuisse. Les critiques soutiennent que, bien que des procédures formelles existent, elles peuvent ne pas répondre adéquatement aux biais potentiels dans les processus décisionnels.
★
Gardons l’information honnête.
ObjectiveNews est financé par ses lecteurs et sans publicité : nous vous montrons le biais au lieu de le cacher. Soutenez un journalisme indépendant pour 4 €/mois.
Devenir soutien